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Apercu historique par M.
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Ses enfants l'ont toujours appelée "Essaouira" et les Européens "Mogador". Qu'importe qu'elle soit l'une ou l'autre, la ville est la même: celle qui a été tant chérie par son fondateur Sidi Mohamed Ben Abdellah. Elle n'est pas comme les autres villes du Royaume. Sa manière d'être est, par la volonté divine, toute gracieuse. C'est une ville salubre qui n'a, quant à la santé publique, rien à craindre d'elle-même. De nombreuses études médicales ont vantées les bienfaits pour la santé de son climat. Les éléments naturels: l'eau, le vent, la chaleur du soleil y sont complices. Ils donnent à la ville, de part son emplacement, une température moyenne sans grande amplitude, des vents qui emportent au loin les germes que l'ardent soleil n'a pu détruire, de hautes marées qui enveloppent la cité de tous les côtés et dont le reflux apporte un assainissement régulier. La construction de la ville commença dans l'année 1760 pour finir en 1765, d'après le plan élaboré par un architecte français: Théodore Nicolas Cornut. Selon l'article consacré à sa mémoire par Fernand Benoit, il était originaire d'Avignon ou de sa région, le contât Venaissin: l'état Pontifical enclavé dans le royaume de France. Il avait été employé par Louis XV à l'édification de fortifications dans la région du Roussillon. IL a peut-être travaillé en tant qu'architecte-urbaniste aux îles Baléares, et en tout cas à Gibraltar où, il se trouvait lorsque le Sultan Sidi Mohamed a fait appel à ses services. Le plan Cornut pour la construction d'Essaouira, se trouve à Paris, à la bibliothèque nationale. Cornut l'a dessiné, ou reproduit, le 25 octobre 1767 à Sète, après avoir définitivement quitté Essaouira où il aurait travaillé pendant trois années. Après la construction, le Sultan confia la ville à des soldats compétents et à des commerçants dont dix Juifs nommés par Dahir spécial, afin de représenter le commerce du Makhzen avec l'étranger. Ils firent souche, rejoints par des émigrants du Souss, des Haha du Gharb etc... Attirés par les opportunités de travail du nouveau port. Les commerçants du Makhzen étaient au nombre de treize dont comme précédemment signalé, dix juifs et trois musulmans: - Belkacem Chidmi - Lahcen Hajji Dit Soussi - Hadj Ali Ben Hadj (musulmans Souiris) - Pennyer - Bromm (juifs Anglais) - Pinhas - Tolledeno - Af Alou Men Ahim - Bouqnine Meyer - le Rabin Joseph Maleh - El Baz Elias - Serraf Isaac - Ben Serour Merdakhai (juifs Souiris) Plus tard d'autres juifs et musulmans furent également nommés à titre de commerçants du Makhzen. Sumba, Chriqui, Corcos, De la mar, Pena, Levy Yuli, Levy Bensoussane, Am Ahori, Aboudarham, ces nouveaux commerçants étaient originaires de Safi, Marrakech, Agadir, Rabat et Tétouan. Ce furent les pionniers, les premières générations d'habitants de la ville nouvelle: bâtisseurs, hommes d'action ou de commerce. Selon le dessein du Sultan fondateur, la ville devint vite un gigantesque entrepôt commercial, place militaire de garnisons et siège des consulats étrangers. Et alors que les États-Unis d'Amérique traversaient une des crises économiques les plus catastrophiques de son histoire, Essaouira prenait l'allure d'un Eldorado, où de grandes fortunes s'accumulaient et-ce, bien avant le protectorat. Pour son approvisionnement en eau potable et pour l'évacuation des eaux usées, la ville, par les faveurs des Sultans, disposa très tôt d'un aqueduc d'alimentation en eau potable et d'un réseau d'égouts. Par ces ouvrages, la ville d'Essaouira était en avance de plus d'un siècle sur les autres villes du Royaume du Maroc et même des pays Arabo-Musulmans. La seguia dite "Saguiate M'Zoudi" remplaça la kyrielle de mules et d'ânes qui apportaient l'eau à la ville depuis l'oued Ksab. Cette seguia, du nom de l'habile maâlem marrakchi choisi par le Sultan Moulay Abderrahmane, n'était qu'en partie souterraine. Mais le soin qu'on avait pris de faire une séguia ouverte, lui permettait de traverser les jardins maraîchers du quartier Hammou et de Bab Doukkala, ou de longer le cimetière, tout en délivrant à la ville sa bonne eau. Cette seguia avait été construite sur celle crée à l'époque du Sultan Sidi Mohamed Ben Abdellah par un ingénieur souiri nommé: Hadj Mohamed Souiri qui, pour sa part, avait fait revivre les restes de l'ancienne séguia portugaise, reste des vestiges portugais et qui arrivait jusqu'à Bâb Marrakech. Son port qui datait de 1765, année de la construction de la ville, fut longtemps le dernier port vers le sud et le principal centre commercial du Maroc, dont il assurait jusqu'à 40% du commerce maritime. Les bateaux apportaient sucre, bougies et cotonnades. Les caravanes de 500 à 600 chameaux venaient de Tombouctou chargés d'ivoire, de poudre d'or ou d'esclaves. L'arrière pays fournissait ses ressources agricoles. C'est peut-être à ces rencontres qu'Essaouira doit son charme. Fonctionnaires du Makhzen, commerçants européens, ruraux, berbères et montagnards de l'arrière pays, cavaliers du désert et esclaves de l'Afrique noire, liens commerciaux du monde israélite, noues de mellah à mellah, tout semble y avoir laissé quelques marques, quelques reflets, pour composer l'actuelle Essaouira, assoupie au bord de la plage, dans son éternel printemps. |
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L'essor des ports de Casablanca, de Safi, l'absence de voie ferrée,
finirent par ruiner le trafic. Essaouira désormais, n'est plus qu'un
petit port de pêche ayant su quand même conserver son pittoresque.
Jusqu'en 1912 il n'y eu aucune entreprise de grands travaux et les navires mouillés en rade manipulaient leurs frets dans des canots et des barcasses, qui étaient amenés à la rame jusque dans la darse trapézoïdale dont la construction est attribuée aux portugais. Là, ils étaient chargés à dos d'hommes. L'élément juif avait incontestablement contribué à donner à cette ville une grande renommée dans le Royaume et dans le monde. Ils avaient monopolisé tout le commerce. L'exportation et l'importation étaient en majeure partie entre leurs mains. Ils étaient les véritables courtiers du Souss. Les transactions commerciales étaient complètement arrêtées pendant les fêtes rituelles juives. Les caravanes arrivant d'un peu partout ne pénétraient pas en ville le samedi. Quand on pense que sur une population de dix huit mille habitants, presque plus de la moitié d"entre eux était d'origine juive, on peut mieux comprendre pourquoi ils avaient un tel impact sur l'ensemble de l'économie de la ville. En effet, ils contrôlaient grand nombre de négoces. On pouvait également remarquer dans leurs rangs des bijoutiers qui avaient l'exclusivité du commerce des métaux précieux: Joseph Castiel - Isâac Levy - Nessim Reboh - Joseph Bitton - Makhlouf Ifargane - Baba Levy - Joseph El Ghrabli - Isâac Dabda - Sabbag Simtob - Judas Harroch - Mardoché Kidouchim - Braham Rebiboh - David Levy - Joseph Marratch - Elias Abenhaim - Nessim Loeub (archives de la CCI d'Essaouira) Avant de clore ce chapitre, j'aimerais bien vous dire que lorsqu'on a vécu dans cette ville, on y revient toujours. On ne l'oublie jamais. On lui voue un attachement fidèle. Est-ce son cachet qui est si prenant, à la fois intime et grandiose ? Est-ce son climat dont l'exceptionnelle douceur fait le charme de ses étés comme ses hivers ? Est-ce l'imposante et médiévale beauté de ses remparts, l'alignement de ses vieux canons de bronze, la ligne pure de ses bastions ? Est-ce son calme provincial, son allure un peu vieillotte, un peu surannée ? Est-ce enfin l'infinie variété de ses paysages où se lisent tour à tour l'Afrique et la France, à travers ses forêts, ses montagnes, ses couchers de soleil et ses plages démesurées ? N'est-ce pas plutôt tout cela ensemble ?... Et pourquoi, parmi toutes les raisons qui font aimer Essaouira, devoir n'en choisir qu'une ? Mohamed OQBA Tel: 0 24 47 24 05 |
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